English Abstract
Questioning the relationship between body and technology is not a recent activity. Technology as an extension of the body or as an instrument (Leroi-Gourhan), the technicized body (Mauss), technology as a mirror of the body, or technology as an ambiguous superhuman gift (according to Prometheanism) — every era has questioned these relationships, insofar as no one escapes the process of individuation through technology (Simondon).
That said, in the history of civilizations, the transition from technique to technology has probably changed the ontological relationship of humans to techniques (technology implying a kind of “disembodiment” of techniques), alongside the emergence of new forms of power over life (Foucault).
Technology and its associated innovations have become, in the twenty-first century, the pillars of life, of individual existence, and of contemporary societies. The hasty introduction of digital technologies incorporating algorithms and AI has radicalized the transformations already underway, introducing confusion into the relationship between technology and living bodies.
Every individual interacts with it in order to exist — when moving from place to place, learning and staying informed, hoping to achieve emancipation — but also when being surveilled within the framework of new forms of influence and governance, while paradoxically the injunction to emancipate oneself and become oneself through intense and authentic bodily experiences remains entirely intact. Hence a series of questions that this study day aims to explore in depth.
25-26 Mars 2028
Université Paris Cité, UFR Staps, Paris
Org. Bernard Andrieu, Fabienne Martin-Juchat, Thierry Ménissier, Damien Vitiello
Contact : bernard.andrieu@u-paris.fr
Questionner le rapport corps et techniques n’est pas une activité récente. La technique, comme prolongement du corps ou comme instrument (Leroi-Gourhan), le corps technicisé (Mauss), la technique comme miroir du corps ou enfin la technique comme don surhumain ambigu (selon le prométhéisme), toutes les époques ont questionné ces relations dans la mesure où personne n’échappe au processus d’individuation par la technique (Simondon).
Cela dit, dans l’histoire des civilisations, le passage de la technique à la technologie a probablement changé le rapport ontologique de l’humain aux techniques (la technologie impliquant une sorte de «désincorporation» des techniques), parallèlement à l’émergence de nouvelles formes de pouvoir sur la vie (Foucault).
La technologie et les innovations associées sont devenues au XXIe siècle les piliers du vivant, des existences et des sociétés contemporaines. L’introduction précipitée des technologies numériques intégrant des algorithmes et de l’IA a radicalisé les transformations en cours, introduisant de la confusion dans la relation entre la technologie et les corps vivants.
Chaque sujet interagit avec elle pour exister lorsqu’il s’agit de se déplacer, de se former et de s’informer, d’espérer s’émanciper, mais aussi lorsqu’on est épié dans le cadre des nouvelles formes d’influence et de gouvernance, tandis que paradoxalement demeure entière l’injonction à s’émanciper et à devenir soi-même grâce à des expériences corporelles intenses et authentiques.
D’où une série de questions que cette journée d’étude vise à approfondir:
Les nouvelles réalités technologiques impliquent-elles un nouveau rapport à l’ontologie comme domaine de recherche en ce qui concerne les relations entre les artefacts et les corps?
La médecine prédictive calcule désormais, avec des marges d’erreur, à partir des imageries, le développement possible des maladies sur le modèle du the Clinical Histopathology Imaging Evaluation Foundation (CHIEF) modèle développé par Harvard University.
Les soins deviennent de plus en plus robotisés par l’IA gagnant en précision par des modélisations personnalisées au risque de déshumaniser l’intra et l’inter-corporéité. Comment assurer une présence de l’IA dans la télémédecine et la télésurveillance, à partir d’une éthique du soin?
Par l’expérience vidéoludique et à plus forte raison en métaversant nos corps, comment qualifier la nouvelle présence corporelle produite par les IA? Le corps devient immatériel, mais sa forme, son apparence et son interaction assure une existence incarnée par (et peut-être pour) l’IA.
Comment l’IA préfigure le corps des humains tout en proposant des figures de son corps propre?
Comment alors distinguer le corps numérique modelé par les IA du corps réel? La disparition des frontières entre l’intelligence naturelle par l’intelligence artificielle représente-t-elle une fatalité et est-elle souhaitable, ou devons-nous redéfinir une hybridation entre les deux écosystèmes?
La modélisation informatique des corps et des images corporelles crée une nouvelle esthétique qui impose une normalisation par la reformation des corps réels. Dans le contexte des nouvelles formes d’hybridation soma-techniques, une nouvelle sorte de «chair» sensible et affective émerge-t-elle cette expérience? Comment la modéliser sans la réduire? Quelles nouvelles zones de l’existence et de l’expérience éclaire-t-elle?
Assistons-nous à la mise en œuvre implicite d’un néo-anismisme contemporain où les corps mis en scène par les IA construisent des relations avec les humains qui rivalisent avec les relations inter-humaines? Quel est le statut dans ce contexte de l’expérience magique?
Faut-il considérer et comment assumer que les distinctions socioanthropologiques classiques (entre humain et non humain, homme et femme, naturel-artificiel), considérées par la plupart des courants intellectuels modernes comme indépassables, représentent une construction intellectuelle et non une réalité expérientielle indépassable?
Au niveau politique, une nouvelle biopolitique peut se déployer à partir du potentiel de recueil, de traçage et de traitement des données biométriques, permettant aux IA de construire une image des corps. Quelles conséquences de cette construction par les IA de nouvelles images du corps collectif? Comment s’établit le pouvoir de subjectivation des machines, à partir de leur fiabilité, de leurs promesses, de la confiance qu’elles suscitent et finalement de leur autorité?
Quelle autonomie avons-nous face à la gouvernance par l’IA de nos existences? Comment peut se définir aujourd’hui l’agentivité individuelle et collective? Sur quelles expériences de référence peut se constituer un concept non idéaliste ou essentialiste d’autonomie, permettant de rendre ce dernier véritablement normatif? Le désir de devenir hybrides et de fusionner collectivement grâce aux IA remet-il en question le besoin de s’émanciper?
L’objectif de ce colloque international les vise à interroger la manière dont l’IA reconfigure le rapport aux corps et plus encore la manière dont l’IA permet de construire une image de son propre corps, voire comment elle se définit elle-même comme corps.
Programmation:
Le mercredi 25 mars
10h: Ouverture
10h: session IA et médecine (modératrice Fabienne Martin-Juchat)
10h00: Bernard Andrieu (Institut des Sciences du Sport Santé de Paris (13SP) URP3625, Université Paris Cité): “Le corps dans l’IA ou le corps de l’IA?”
11h00 – 12h: Florent Destruhaut et Philippe Pomar (Service d’Odontologie – CHU Toulouse-Rangueil): sur le jumeau numérique
14h00 session Esthétique (Thierry Ménissier)
14h00 – 14h45: Jessica Lombard (Centre de Recherche en Histoire des Idées, Université Nice Côte d’Azur) : Prédictions, soins et corps numérique: du bruit humain à la trace numérique, repenser la modélisation algorithmique à l’aune d’une pandémie virtuelle
14h45 15h30: Anitra Lourie (Doctorante, Université Paris 1): “Figures fluides: performance et matérialité du corps à l’ère de l’IA”
Pause
16h00 – 17h00: Antoinette Rouvroy (Université de Namur): “Que révèle le conflit des techno-esthétiques?”
Le jeudi 26 mars
9h30 Session Politiques de l’IA (modérateur Bernard Andrieu)
9h30-10h00: Peppe Cavallari (Médias, Images & Technologies, UR RCS) “Conversationnalisation totale et pensée magique : la personnification de l’IA”
10h00 – 10h30: Fabienne Martin-Juchat (Gresec, Université Grenoble Alpes): “Analyser les simulations émotionnelles de l’IA: un défi éthique?”
Pause de 15 minutes
10h45 – 11h15: Thierry Ménissier (IPhiG, Université Grenoble Alpes): “Le corps politique de l’IA: léviathan ou double corps du roi?”
11h15 – 11h45: Pierre Steiner (Université de Technologie de Compiègne, COSTECH): De l’IA incarnée à l’IA incorporée Au cœur de l’IA (modérateur Damien Vitiello)
Session: Au cœur de l’IA (modérateur Damien Vitiello)
12h00 – 12h30: Gabriel Saiydoun (Hôpital universitaire Pitié-Salpêtrière) et Damien Vitiello (Institut des Sciences du Sport Santé de Paris (13SP) – URP3625, Université Paris Cité): “Au cœur de l’IA”
Déjeuner
13h15 – 13h45: Arnaud Delafontaine (Enseignant à l’IFMK de l’École d’Assas): “IA et chirurgie orthopédique: intérêt pour les patients lombalgiques et arthrosiques”
More: https://staps.u-paris.fr/colloque-le-corps-de-l-ia/

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